Ils ont garé le bus devant le but...

Publié le Par Gérard Houllier

Préface de Gérard Houllier pour le livre de Lionel Bellenger

Ils ont garé le bus devant le but...

C'est avec plaisir, et avec l'accord de Lionel Bellenger et de sa maison d'édition, que je partage avec vous aujourd'hui la préface d'un livre qui je vous le garantis sera un bon moment de lecture : "Ils ont garé le bus devant le but, pourtant on a réussi à marquer" de Lionel Bellenger.

Préface

Si le métier de coach est insensé, c'est qu'il tient à un étrange paradoxe : il s'exerce sur un jeu joué par d'autres, les joueurs qui, en plus, sont partenaires et... concurrents. Sachant que ceux qui vous font gagner ont de fortes personnalités, des ego affirmés et des ambitions bien singulières.

C'est un métier de prise de décisions qui vous installe en permanence sur une « slippery slope » : on peut passer de héros à zéro en peu de temps. Ça ne marche que si on est à 150 % dedans, que si on est préparé à prendre des coups. Il vaut mieux pouvoir compter sur le soutien de sa famille. L'année des cinq trophées avec Liverpool, j'ai préparé soixante-trois matchs et passé cent soixante-six nuits hors de chez moi. Le coach doit accepter une forme de sacrifice pour s'investir et continuer à prendre du plaisir à résoudre les problèmes, gérer les tensions, garder de la clairvoyance pour le projet.

L'évolution du métier de coach

Ce que le métier de coach doit prendre en compte aujourd'hui, c'est l'arrivée, chez les pros, des jeunes joueurs. Contrairement à certaines idées reçues, ils savent beaucoup de choses, aiment travailler sur des projets, recherchent les responsabilités et ont plutôt confiance en eux. L'autoritarisme, « fais comme j'te dis », ne fonctionne plus avec eux. Il faut, pour tout, être capable de dire « Why ? ». Avant une séance, le coach doit expliquer ce qu'il veut faire et montrer pourquoi. Imposer ne mène à rien. Il faut convaincre et, pour convaincre, il faut accepter d'écouter, de poser des questions, de discuter.

Quand on a des joueurs au statut de stars, c'est en les protégeant que l'on obtient d'eux le maximum. Ils sont sous pression et ils font basculer le sort des matchs. Le tact du coach fait la différence : Zinédine Zidane sait très bien faire cela à Madrid. Un coach, ça gère des talents et des attitudes.

Les clés de la réussite

Raymond Goethals avait l'habitude de répéter que pour réussir au plus haut niveau, les coachs doivent avoir « fait leurs étapes ». C'est le cas, en août 2020, pour le dernier carré des coachs de la Champions League. Hansi Flick, vainqueur du titre avec le Bayern, Thomas Tuchel, Rudi Garcia et Julien Nagelsmann ont en commun d'avoir été adjoints, 7, 8 entraîneurs dans des clubs de division inférieure. Tous ont su tirer profit de sources d'inspiration : l'école de Cologne, celle du gegenpressing pour les trois Germaniques et la rigueur défensive italienne pour Rudi Garcia. De plus, ils ont intégré l'idée que leur métier se fait sur de l'humain : ce sont des managers d'hommes avec des sensibilités singulières et des ego variés. Avoir un vestiaire uni et engagé est leur premier défi.

Pour réussir au très haut niveau aujourd'hui, l'équipe doit mettre un maximum d'intensité. Tout va plus vite, plus fort, mais avec intelligence. C'est au coach de créer les conditions pour que l'équipe monte en compétence en poussant le curseur de l'exigence.

Conseils aux jeunes coachs

À un jeune coach je répéterais qu'il doit travailler à fabriquer de la confiance, individuelle et collective, et s'adapter quoiqu'il arrive. Le vrai talent du leader, c'est le rebond. L'échec fait partie de la vie du coach. Ce métier, ce n'est pas 50 % de difficultés et 50 % de satisfaction, c'est 80 % d'emmerdements et 20 % de bonheur extraordinaire, celui de faire gagner un groupe. Attention, si c'est 90 % et 10 %... il faut arrêter !

Ce métier de coach est un cocktail d'ambition et d'humilité. C'est le travail, la qualité du travail proposé aux joueurs qui en fait la noblesse. Le résultat en dépend : « Fail to prepare, prepare to fail » est la devise de notre job. L'honnêteté, le sérieux, la vérité de ce métier est dans l'effort pour progresser : bien se préparer pour savoir rester lucide dans les tempêtes.

Je suis heureux d'entendre Steven Gerrard, mon ex-capitaine à Liverpool, aujourd'hui entraîneur en Écosse, me dire qu'à Anfield il notait déjà tout ce qu'on faisait pendant les séances et que ça lui sert maintenant qu'il est passé de l'autre côté. Coach est aussi un métier de vocation en plus d'être un métier de transmission.

À propos du livre

Le livre de Lionel Bellenger accorde de passionnants développements à toutes ces facettes de notre métier : entraîner et mener une équipe au succès. Sans oublier la part belle à la communication. Trouver les mots et le ton juste dans un contexte nécessairement émotionnel, voilà qui ajoute encore à notre métier, une compétence à ne pas négliger.