Dans le sport comme dans tous les environnements de haute exigence, certains blocages ne sont ni physiques ni techniques. Ils sont mentaux, émotionnels, et donc parfois difficiles à identifier.
Un sportif peut être parfaitement entraîné, posséder les qualités techniques nécessaires, avoir déjà démontré son niveau… et pourtant ne plus parvenir à l'exprimer lorsque l'enjeu augmente. Parmi les mécanismes que l'on peut rencontrer, deux sont particulièrement intéressants : la peur de perdre, souvent associée à la peur de l'échec, et, plus surprenant encore, la peur de gagner.
Deux mécanismes apparemment opposés qui peuvent pourtant conduire au même résultat : empêcher le sportif d'exprimer pleinement son potentiel au moment où il en a besoin.
Peur de gagner : pourquoi un sportif peut-il avoir peur de réussir ?
La peur de gagner est un paradoxe.
Un sportif veut réussir. Il s'entraîne pour gagner. Il consacre parfois plusieurs années à atteindre un objectif. Pourtant, lorsque la victoire devient réellement possible, quelque chose peut changer.
Il ne s'agit pas nécessairement d'une peur ressentie consciemment. Le sportif peut sincèrement vouloir gagner tout en associant la victoire à certaines conséquences : davantage d'attentes, un changement de statut, de nouvelles responsabilités, le regard différent des autres ou encore une modification de son équilibre personnel.
Un conflit interne peut alors apparaître entre ce que le sportif désire consciemment et ce que cette réussite représente pour lui. Le problème n'est donc pas forcément son niveau. Il peut se situer dans ce qui se joue mentalement et émotionnellement lorsque la réussite devient possible.
Peur de perdre et peur de gagner : deux blocages qui influencent la performance
La peur de perdre et la peur de l'échec
C'est probablement la plus facile à identifier. Elle apparaît notamment dans des contextes de forte pression, de perte de confiance, d'attentes élevées, après plusieurs contre-performances ou lors d'un retour de blessure. Ses conséquences peuvent être très concrètes :
- perte de concentration ;
- crispation mentale et physique ;
- pensées orientées vers l'échec ou le jugement ;
- difficulté à prendre des initiatives ;
- comportements contre-productifs.
Le sportif ne joue plus véritablement pour réussir : il joue pour éviter d'échouer.
La peur de gagner
Plus discrète, elle peut notamment se manifester par :
- un changement de tactique difficile à expliquer ;
- une baisse d'intensité alors que le sportif est en position favorable ;
- une difficulté récurrente à conclure ;
- des erreurs inhabituelles dans les moments clés ;
- une perte de fluidité à l'approche de la victoire.
Le sportif s'approche de son objectif… puis semble progressivement s'en éloigner.
Remarque : évidemment, toute erreur commise à proximité d'une victoire n'est pas forcément une « peur de gagner ». La fatigue, l'adversaire, la pression ou les aléas de la compétition peuvent aussi l'expliquer.
Deux exemples concrets
Exemple 1 : mener… puis changer de jeu
Un joueur de tennis ou un escrimeur mène largement. Pourtant, à mesure que la victoire approche, il modifie son jeu, raccourcit ses gestes, prend moins d'initiatives ou perd en intensité.
L'adversaire revient. La pression augmente. Le sportif commence à penser davantage au résultat qu'à ce qu'il doit réaliser. Le match peut alors basculer.
Exemple 2 : être régulièrement proche de gagner… sans gagner
Un sportif enchaîne deux podiums nationaux sans parvenir à gagner. Pourquoi ?
Imaginons que la victoire implique pour lui un changement de vie : intégrer un pôle, s'éloigner de sa famille, modifier son quotidien. Consciemment, il veut devenir champion. Mais gagner signifie également accepter les conséquences de cette victoire.
Rester deuxième peut alors, potentiellement et inconsciemment, lui permettre de préserver son équilibre actuel.
Ce qui se joue parfois sans que le sportif en ait conscience
Nous aimerions imaginer que nos décisions et nos comportements sont entièrement rationnels et conscients. Dans la réalité, nous sommes également influencés par nos expériences passées, nos croyances, nos émotions ou certains biais cognitifs qui modifient notre manière d'interpréter une situation. Certains comportements peuvent aussi relever d'un inconscient d'adaptation : une réaction construite à un moment donné pour s'adapter à une situation peut continuer à influencer le comportement alors même qu'elle n'est plus adaptée à l'objectif actuel.
Cela ne signifie évidemment pas qu'il faille rechercher une explication inconsciente derrière chaque contre-performance. Mais lorsque le sportif reproduit régulièrement le même scénario, il peut être intéressant de comprendre pourquoi ce qu'il fait ne correspond plus complètement à ce qu'il veut faire.
Que pouvons-nous travailler ensemble en préparation mentale ?
C'est précisément là que je peux intervenir.
Le plus difficile est parfois d'identifier soi-même ce qui se joue. Vous constatez que vous perdez vos moyens à certains moments, que vous reproduisez certains comportements ou que vous n'arrivez pas à franchir un cap sans nécessairement comprendre pourquoi.
Mon travail consiste d'abord à vous aider à identifier ces mécanismes, à comprendre ce qui les déclenche et à construire avec vous des réponses adaptées à votre fonctionnement et à votre situation.
Selon vos besoins, nous pouvons notamment travailler ensemble sur :
- la gestion de la pression et des émotions ;
- la confiance en soi ;
- la concentration ;
- l'identification de certains biais cognitifs ;
- le lâcher-prise, notamment vis-à-vis de ce que vous ne contrôlez pas ;
- la visualisation pour préparer mentalement certaines situations ;
- la dépolarisation, afin de nuancer une représentation parfois très binaire de la victoire et de la défaite ;
- la compréhension de certains mécanismes liés à l'inconscient d'adaptation.
Je n'utilise évidemment pas ces différents axes de travail systématiquement de la même manière. J'adapte mon accompagnement au sportif, à son fonctionnement, à son objectif et à la situation qu'il rencontre. L'objectif n'est pas de supprimer toutes vos émotions ou toutes vos peurs, mais de vous permettre de mieux les comprendre et d'apprendre à performer sans qu'elles prennent le contrôle de votre performance.
Certains sportifs ne perdent pas parce qu'ils sont moins forts… mais parce qu'ils ne sont pas encore prêts à gagner.