Aider les jeunes à mieux gérer la Frustration (Partie 2)

Publié le Par Frédéric Damato

5 stratégies concrètes pour développer la résilience émotionnelle chez les jeunes sportifs

Aider les jeunes à mieux gérer la Frustration (Partie 2)

Photo par Frédéric Damato

Je vous l'avais promis. Après avoir exposé un état des lieux des raisons de l'intolérance gravissime qu'ont nos jeunes à la frustration, voici cinq conseils tirés de mon expérience en préparation mentale. Chacun s'accompagne d'une recommandation de lecture pour approfondir le propos. Ces pistes sont autant d'appuis concrets pour les parents et les structures : car on peut choisir entre subir une société qui abrutit… ou participer à élever des enfants qui grandissent.

1. Redonner des mots pour apaiser les maux

Quand le langage s'appauvrit, la pensée devient rigide. Réduire toutes les émotions à « j'ai le seum » empêche de comprendre ce que l'on vit, et rend les réactions impulsives, parfois violentes. Le mot juste permet de prendre du recul.

Les limites de mon langage sont les limites de mon monde.

— Ludwig Wittgenstein

Enrichir le vocabulaire émotionnel de l'enfant (et le sien) n'est pas un luxe, c'est une nécessité. Distinguer l'agacement de la colère, la honte de la tristesse, c'est ouvrir un espace de conscience. On peut commencer par des jeux simples, des lectures partagées, des temps d'échange réguliers.

📚 À lire : Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) – Marshall B. Rosenberg

2. Réapprendre à patienter… en montrant l'exemple

L'écran a tué l'attente. Tout doit arriver maintenant. Or, un cerveau qui n'attend plus est un cerveau qui n'apprend plus à différer ses désirs.

Le temps de l'attente, c'est le temps où le cerveau se construit.

— Boris Cyrulnik

Il ne suffit pas de demander à l'enfant de patienter : il faut qu'il le voie. Enlever les écrans pendant certains moments clés (repas, trajets, soirée), retrouver le silence, cuisiner lentement, lire, réfléchir à voix haute… sont autant d'actes simples qui recréent le muscle de la patience.

📚 À lire : L'éloge de la lenteur – Carl Honoré

3. Refuser la dictature de l'égalité enfant-adulte

À force de vouloir « dialoguer d'égal à égal », l'adulte abandonne son rôle. L'enfant, livré à lui-même, ne gagne pas en autonomie mais en insécurité. L'autorité est une responsabilité, pas une forme de domination.

L'autorité n'est pas un abus de pouvoir, c'est un devoir de transmission.

— Aldo Naouri

Dire non, cadrer, poser des règles stables et prévisibles : tout cela structure le psychisme. L'enfant a besoin d'un adulte qui assume sa position d'expérience et d'intelligence relationnelle, sans violence mais sans renoncement.

📚 À lire : L'autorité expliquée aux parents – Aldo Naouri

4. Recréer du lien réel : habiter le même temps, ensemble

Dans de nombreuses familles, chacun vit sur son écran. Le regard, l'écoute, la présence réelle sont devenus rares. Or, l'autorégulation émotionnelle naît du lien.

L'enfant apprend à être seul s'il a d'abord été seul en présence de quelqu'un.

— D.W. Winnicott

Partager des moments sans téléphone ni tâche à accomplir : cuisiner ensemble, se promener sans but, jouer à des jeux de société. Ces instants simples, sans enjeu immédiat, offrent un socle de sécurité affective durable.

📚 À lire : La capacité d'être seul – D.W. Winnicott

5. Limiter les jeux numériques : parce qu'ils frustrent plus qu'ils ne calment

Un jeu numérique simule un enjeu, mais ne construit ni compétence, ni mémoire, ni relation. Il occupe… puis laisse un vide.

Ce que l'on possède ne vaut que par ce que l'on devient.

— Antoine de Saint-Exupéry

Rien n'est jamais vraiment gagné dans un jeu numérique. Et la frustration ressurgit aussitôt. À l'inverse, les jeux sans écran (où l'on attend son tour, où l'on peut perdre vraiment) forment au partage, à la patience, à la gestion émotionnelle. Ce sont des leviers d'éducation puissants.

📚 À lire : La fabrique du crétin digital – Michel Desmurget

🌱 Conclusion : Reprendre notre place

Ce n'est pas seulement à l'enfant de réapprendre à gérer la frustration. C'est à l'adulte d'abord : de la comprendre, de l'incarner, de la transmettre.

Dans un monde qui abrutit par l'instantané, l'adulte doit redevenir un tuteur mental solide, un phare dans le brouillard du feed. Cela demande du courage, de la lucidité, de l'endurance. Mais cela produit des fruits rares : la solidité intérieure, la capacité à choisir, à attendre, à traverser.

Car grandir, ce n'est pas obtenir tout, tout de suite. C'est apprendre à désirer. À patienter. À perdre. Et à continuer quand même.

Voici donc ces quelques recommandations pour comprendre ce qui fait qu'aujourd'hui gérer ses émotions est le mal de notre époque et que la capacité à gérer la frustration va devenir l'arme des plus grands et certainement l'arme du Bonheur.

👦 Programme de préparation mentale pour les moins de 13 ans

🧑 Programme de préparation mentale pour les moins de 17 ans

🧩 Lire la Partie 1 : Les maux de la frustration

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